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ZFE : quand l’écologie oublie ceux qui travaillent:


La décision du Conseil constitutionnel sur les ZFE me met profondément en colère.


Pas une colère de posture.

Une colère de terrain.


Mais avant d’aller plus loin, rappelons les faits. Tout commence en 2010, avec les premières zones d’actions prioritaires pour l’air. En 2015, elles deviennent des zones à circulation restreinte.  Mais c’est sous Macron que la machine s’emballe vraiment. La loi d’orientation des mobilités de 2019, puis la loi Climat et résilience d’août 2021, ont imposé aux agglomérations de plus de 150 000 habitants de mettre en place une ZFE avant le 31 décembre 2024.  Ce texte avait été porté par Élisabeth Borne , alors ministre des Transports. L’argument de départ ? Lutter contre la pollution aux particules fines.  Personne ne peut être contre ça. C’est une cause légitime. C’est même une cause noble.


Mais regardez ce que ça a donné dans les faits.


Derrière les sigles, derrière les grandes déclarations sur la transition écologique, derrière les discours bien propres écrits depuis les bureaux parisiens, il y a des femmes et des hommes qui se lèvent tôt, qui travaillent tard, qui roulent avec le véhicule qu’ils peuvent se payer, pas avec celui qu’on leur impose dans les salons.


Et avant même les ZFE, on avait déjà transformé nos centres-villes en forteresses. Paris, Lyon, Grenoble, partout les mêmes recettes : on supprime les places de stationnement, on réduit les voies de circulation, on installe des pistes cyclables qui restent vides six mois sur douze, on piétonnise à tour de bras. À Lyon, tenue par les écologistes, c’est devenu un laboratoire grandeur nature de cette idéologie. Le résultat ? Les classes populaires et les artisans ne peuvent plus entrer dans leurs propres villes. Ce n’est pas de l’écologie, ça. C’est de la purification sociale déguisée en vertu environnementale.


Et ce sont aussi les commerçants qui trinquent. Le boucher, le boulanger, le marchand de chaussures, le libraire du centre-ville. Ceux qui tenaient leur échoppe depuis des années et qui voient leur clientèle fondre comme neige au soleil. Parce que les gens des classes populaires qui venaient au marché le samedi matin, qui faisaient leurs courses en ville, qui se baladaient parfois simplement dans les rues commerçantes, ces gens-là ne viennent plus. Ils ne peuvent plus. On les a chassés sans leur dire.


Les ZFE, on nous les présente comme une évidence écologique.

Mais pour beaucoup de Français, elles sont surtout devenues une frontière sociale.


Celui qui a les moyens d’acheter une voiture récente ou électrique continue à circuler.

Celui qui n’a pas les moyens reste dehors.


Voilà la réalité.


Depuis le 1er janvier 2025, à Paris, Lyon, Montpellier et Grenoble, certains véhicules portant les vignettes Crit’Air 3, 4 et 5 sont interdits de circulation.  Crit’Air 3, ça veut dire quoi concrètement ? Ça veut dire le monsieur qui roule en diesel immatriculé avant 2011, la dame qui a une vieille essence achetée d’occasion parce que c’est tout ce qu’elle pouvait se payer. Un salarié au SMIC, une aide-soignante, un agent d’entretien, un ouvrier, une caissière, un employé qui commence à 5 heures du matin ou qui termine à 22 heures, il fait comment ? On lui dit de prendre les transports en commun. Très bien. Mais quand il n’y en a pas ? Quand les horaires ne correspondent pas ? Quand il habite loin parce qu’il ne peut plus se loger en centre-ville ?


On lui répond quoi ? “Débrouillez-vous” ?


Une voiture électrique neuve coûte souvent entre 25 000 et 40 000 euros. Même avec des aides, cela reste inaccessible pour une grande partie des classes moyennes et populaires. Beaucoup de familles n’arrivent déjà pas à boucler correctement leurs fins de mois. On va leur expliquer qu’elles doivent changer de véhicule pour avoir simplement le droit d’aller travailler ?


C’est profondément injuste.


Et ce n’est pas seulement une question de voitures particulières.


Les ZFE frappent aussi les artisans. Le plombier avec sa camionnette. L’électricien avec son utilitaire. Le maçon, le peintre, le dépanneur, le livreur, tous ceux dont les centres-villes ont besoin chaque jour. Beaucoup ont des véhicules anciens, parfois parfaitement entretenus, mais trop vieux administrativement pour entrer dans certaines zones. Là encore, on leur demande de changer d’utilitaire comme on change de chemise. Mais un utilitaire neuf ou récent, c’est un investissement lourd. Pour un petit artisan, ce n’est pas une ligne comptable abstraite. C’est parfois plusieurs années de trésorerie.


On parle donc d’une écologie qui peut empêcher des gens de travailler.


Et c’est là que le débat devient profondément politique.


Le Parlement avait entendu cette colère. Des élus de la Nation, responsables devant les citoyens, avaient ouvert la voie à une suspension, à une remise à plat, à un retour au bon sens. Ce n’était pas une décision idéologique. C’était une réponse démocratique à une réalité sociale criante. Une réponse demandée par les travailleurs. Demandée par les artisans. Demandée par les commerçants asphyxiés. Demandée par des millions de Français qui n’en peuvent plus d’être traités comme des pollueurs coupables alors qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens de faire autrement.


Et voilà que le Conseil constitutionnel balaie tout ça d’un revers de main.


Alors oui, je respecte les institutions. Le Conseil constitutionnel est un garde-fou. Il a sa place dans notre République. Mais un garde-fou n’est pas un mur. Un garde-fou n’est pas là pour bloquer la volonté du peuple quand elle s’exprime clairement, légitimement, à travers ses représentants élus.


Ces membres ne sont pas élus. Personne ne les a choisis. Ils sont nommés par le Président de la République, par le président de l’Assemblée nationale, par le président du Sénat. Et c’est cette institution-là qui vient dire non à des parlementaires qui avaient, eux, écouté la France réelle.


Il faut avoir le courage de le dire : cette décision est injuste. Pas techniquement discutable. Injuste. Socialement injuste. Humainement injuste.


À un moment, dans une démocratie, les contre-pouvoirs doivent servir à protéger les citoyens, pas à les écraser davantage. Quand une institution non élue s’oppose à une mesure réclamée par les travailleurs, les artisans, les commerçants, les classes populaires, les familles qui ne joignent pas les deux bouts, il faut avoir le courage de dire que quelque chose ne tourne plus rond.


La démocratie, ce n’est pas seulement des textes et des procédures. C’est aussi l’écoute. C’est le respect de ceux qui vivent les conséquences des décisions qu’on prend depuis des palais parisiens.


Oui, il faut améliorer la qualité de l’air. Oui, il faut lutter contre la pollution. Oui, il faut préparer l’avenir. Mais jamais contre les classes moyennes. Jamais contre les plus modestes. Jamais contre ceux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture.


L’écologie ne peut pas être une punition. Elle doit être une transition accompagnée, financée, progressive, réaliste. Une écologie intelligente, appuyée sur la technologie, sur l’innovation, sur le bon sens.


Sinon, elle devient un luxe.


Et une écologie réservée à ceux qui ont les moyens n’est plus une écologie populaire. C’est une injustice de plus.

 
 
 

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