TOSCA À L’OPÉRA DE SAINT-ÉTIENNE
- Sébastien Martinez
- 18 juin
- 4 min de lecture
Une clôture de saison lyrique exceptionnelle Opéra de Saint-Etienne
Nous clôturons cette saison lyrique de Saint-Étienne avec une magnifique Tosca, une production qui restera longtemps dans les mémoires.
Avant même de découvrir l’opéra dans une salle, j’ai rencontré Tosca à travers un écran de télévision.
Au début des années 1990, une expérience exceptionnelle avait marqué les amateurs d’opéra : la diffusion de Tosca dans les lieux et aux heures de Tosca. L’œuvre était interprétée dans les lieux réels de l’action à Rome, aux heures exactes indiquées par le livret. Pour le jeune passionné que j’étais, ce n’était pas simplement un opéra. C’était une histoire vivante, presque un feuilleton historique où les personnages évoluaient dans les véritables décors de leur destin.
Cette réalisation m’avait profondément marqué et reste aujourd’hui encore ma porte d’entrée dans l’univers de Tosca.
C’est donc avec ce souvenir très personnel que je me suis installé confortablement dans la salle de l’Opéra de Saint-Étienne pour découvrir cette nouvelle production.
Une mise en scène audacieuse et inspirée!
Cette production a su trouver un équilibre particulièrement réussi entre respect de l’œuvre et modernité.
La mise en scène de Pier Francesco Maestrini demeure fidèle à l’esprit de Puccini et à la dramaturgie originale, tout en apportant une dimension visuelle contemporaine grâce à un remarquable travail de projections et de lumières.
Ces effets ne viennent jamais parasiter l’action ; au contraire, ils l’accompagnent et la renforcent. Ils créent des atmosphères saisissantes, soulignent les tensions dramatiques et donnent à certains tableaux une puissance visuelle impressionnante.
C’est sans doute l’un de mes grands coups de cœur de la soirée. Une mise en scène audacieuse, inventive, mais toujours au service de l’œuvre.
Federica Vitali, une Tosca habitée
La Tosca de Federica Vitali constitue l’une des grandes réussites de cette représentation.
Dotée d’une puissance vocale impressionnante, elle fait vibrer la salle dès ses premières interventions. Mais au-delà de la performance technique, c’est surtout la profondeur de son incarnation qui séduit.
Elle donne au personnage toute sa dimension humaine, passionnée et tragique. Chaque regard, chaque geste et chaque inflexion semblent habités par le personnage. Elle réussit à faire vivre la diva, la femme amoureuse et l’héroïne tragique avec une rare intensité.
Une interprétation remarquable qui constitue incontestablement l’un des grands coups de cœur de la soirée.
Anthony Ciaramitaro, Tenor, la révélation de la saison
S’il fallait retenir un nom parmi les artistes entendus cette saison à Saint-Étienne, celui d’Anthony Ciaramitaro figurerait sans aucun doute parmi les plus marquants.
Le jeune ténor livre un Cavaradossi absolument époustouflant. Dès ses premières interventions, il impose sa présence et exerce une véritable emprise sur la salle.
Sa voix généreuse, sa puissance vocale et sa capacité à transmettre l’émotion ont littéralement conquis le public.
Son interprétation du célèbre E lucevan le stelle restera comme l’un des moments les plus forts de la soirée. La salle semblait suspendue à chacune de ses phrases. Rarement un jeune artiste aura autant marqué une représentation.
Pour ma part, Anthony Ciaramitaro représente l’un des grands espoirs lyriques découverts cette saison et constitue mon immense coup de cœur.
Massimo Cavalletti , un Scarpia puissant et crédible
Face à deux interprètes particulièrement inspirés, Massimo Cavalletti n’a jamais été éclipsé et assume pleinement l’importance du rôle de Scarpia.
Sa présence scénique, sa puissance vocale et la qualité de son jeu donnent au personnage toute son autorité et sa noirceur.
Sans jamais tomber dans la caricature, il compose un Scarpia inquiétant, manipulateur et redoutablement efficace.
Une très belle prestation qui participe pleinement à l’équilibre de cette production.
Une mention spéciale pour Mathieu Gourlet
L’ensemble des rôles secondaires mérite d’être salué pour la qualité de son engagement.
Je souhaite néanmoins accorder une mention particulière à Mathieu Gourlet, remarquable dans le rôle d’Angelotti.
Dès le premier acte, sa voix profonde et sa présence scénique retiennent l’attention. Une prestation marquante qui démontre le soin apporté à l’ensemble de la distribution.
Un orchestre qui fait honneur à Saint-Étienne
Comme souvent à Saint-Étienne, l’orchestre confirme tout son savoir-faire et son attachement à l’excellence musicale.
Tout au long de la représentation, les musiciens accompagnent les chanteurs avec précision et sensibilité tout en faisant vivre la richesse de la partition de Puccini.
Les grandes envolées dramatiques, les moments d’intimité et les passages les plus tendus trouvent sous leurs archets toute leur intensité.
Cette formation fait incontestablement honneur à l’Opéra de Saint-Étienne et constitue l’un des atouts majeurs de notre maison lyrique.
Une grande soirée d’opéra
Entre une mise en scène inspirée, une distribution de grande qualité, un orchestre toujours aussi remarquable et plusieurs interprétations marquantes, tous les ingrédients étaient réunis pour faire vivre au public une soirée d’exception.
En quittant la salle, je n’ai pu m’empêcher de repenser au jeune spectateur qui découvrait Tosca à la télévision au début des années 1990 dans les rues et les monuments de Rome.
Plus de trente ans plus tard, la magie opère toujours.
Et c’est sans doute le plus beau compliment que l’on puisse adresser à cette production stéphanoise.
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