top of page

Pourquoi certains cancers explosent-ils en France ? Ce que disent réellement les chiffres




Chaque année, le cancer touche davantage de Français. Le chiffre est impressionnant : 433 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2023, soit près de deux fois plus qu’en 1990.


Source : Santé publique France / INCa

Mais derrière ce constat se cache une réalité plus complexe que certains slogans ou publications virales.

Oui, le nombre de cancers augmente. Oui, certains cancers progressent de manière préoccupante. Mais non, il n’existe pas aujourd’hui une explication unique.


D’abord, pourquoi le nombre de cancers augmente-t-il ?

La première raison est démographique.

Nous sommes plus nombreux, nous vivons plus longtemps, et le cancer est avant tout une maladie dont le risque augmente avec l’âge.

À cela s’ajoutent :

  • un dépistage plus performant ;

  • des diagnostics plus précoces ;

  • une meilleure déclaration des cas.

Ces éléments expliquent une partie importante du doublement du nombre de cancers depuis 1990.


Source : Santé publique France

Mais ils n’expliquent pas tout.

Car plusieurs cancers progressent beaucoup plus rapidement que ce que le seul vieillissement de la population permettrait d’expliquer.


Le cancer du pancréas : la plus forte inquiétude

C’est aujourd’hui l’un des cancers qui préoccupe le plus les chercheurs.

Près de 16 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués en France en 2023.

Son incidence continue d’augmenter d’environ +1,6 % par an chez les hommes et +2,1 % chez les femmes.

Les causes connues sont :

  • le tabac ;

  • le surpoids ;

  • le diabète ;

  • certaines prédispositions génétiques.

Mais ces facteurs n’expliquent pas totalement cette progression. Des recherches sont en cours concernant d’autres facteurs environnementaux, dont certaines expositions aux pesticides, sans qu’un lien global puisse aujourd’hui être affirmé.


Source : Fondation pour la Recherche Médicale / INCa


Le cancer du poumon chez les femmes : une progression spectaculaire

Alors que son incidence diminue progressivement chez les hommes, elle continue d’augmenter fortement chez les femmes.

Entre 2010 et 2023, le taux d’incidence progresse de +4,3 % par an chez les femmes.

Cette évolution est principalement attribuée au tabagisme féminin, dont les effets apparaissent plusieurs décennies après le début de la consommation.


Source : INCa


Le cancer colorectal chez les jeunes

C’est un phénomène observé dans plusieurs pays occidentaux.

Des adultes de moins de 50 ans développent aujourd’hui davantage de cancers colorectaux qu’il y a vingt ans.

Les scientifiques étudient plusieurs hypothèses :

  • alimentation ultra-transformée ;

  • obésité ;

  • sédentarité ;

  • modification du microbiote intestinal ;

  • facteurs environnementaux possibles.

À ce jour, aucune explication unique n’est retenue.


Source : Santé publique France / INCa


Le cancer du rein poursuit sa progression

Son incidence augmente régulièrement.

Les facteurs de risque identifiés sont principalement :

  • le tabac ;

  • l’obésité ;

  • l’hypertension artérielle.

Une partie de cette hausse est également liée à une meilleure détection grâce aux examens d’imagerie.


Source : INCa


Le cancer du sein reste le plus fréquent

Avec plus de 61 000 nouveaux cas en 2023, il demeure le premier cancer chez la femme.

Son incidence continue d’augmenter, mais plus lentement qu’auparavant.

Les facteurs de risque sont aujourd’hui bien connus :

  • âge ;

  • alcool ;

  • surpoids ;

  • sédentarité ;

  • certains traitements hormonaux ;

  • facteurs génétiques.

Source : INCa / Santé publique France


Les jeunes ne sont plus épargnés

Les travaux récents de l’Institut national du cancer montrent également une augmentation de plusieurs cancers chez les 15-39 ans, notamment :

  • le cancer colorectal ;

  • le cancer du rein ;

  • certains cancers du cerveau, comme les glioblastomes ;

  • les lymphomes de Hodgkin ;

  • les liposarcomes.

Source : INCa, étude sur l’incidence des cancers chez les adolescents et jeunes adultes, 2000-2020


Ce que dit réellement la science

Le débat public oppose souvent deux visions caricaturales.

Les uns affirment que tout est dû au vieillissement.

Les autres que tout est dû aux pesticides.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

Les autorités sanitaires françaises rappellent qu’environ 40 % des cancers pourraient être évités grâce à la prévention.

Les principaux facteurs de risque établis restent :

  • le tabac ;

  • l’alcool ;

  • le surpoids ;

  • la sédentarité ;

  • les rayonnements UV.

À cela s’ajoutent certaines expositions professionnelles, la pollution de l’air, des agents infectieux et, pour certains cancers précis, des expositions environnementales comme certains pesticides.

Mais il serait scientifiquement faux de tout réduire à une seule cause.


Source : INCa / Santé publique France / Inserm


Une révolution est peut-être en marche

Si les chiffres des cancers sont préoccupants, il existe aussi des raisons d’espérer.

Nous vivons probablement l’une des plus grandes révolutions médicales depuis plusieurs décennies.

L’intelligence artificielle est désormais capable d’aider les médecins à détecter certains cancers plus précocement, notamment sur les mammographies, les scanners ou les biopsies. Elle permet aussi d’identifier des anomalies parfois invisibles à l’œil humain et d’accélérer les diagnostics.


Source : Institut Curie


Dans les laboratoires, une nouvelle génération de traitements est également en train d’émerger.

L’immunothérapie, qui consiste à stimuler le système immunitaire pour qu’il détruise lui-même les cellules cancéreuses, a déjà transformé la prise en charge de plusieurs cancers comme le mélanome, le cancer du poumon ou certains cancers du rein.


Source : INCa

Autre avancée majeure : les thérapies ciblées. Grâce à l’analyse génétique des tumeurs, les médecins peuvent proposer des traitements de plus en plus personnalisés, adaptés aux caractéristiques propres de chaque cancer, avec souvent une meilleure efficacité et moins d’effets secondaires.


Source : INCa

Les chercheurs travaillent également sur les vaccins thérapeutiques à ARN messager. Contrairement aux vaccins classiques, qui préviennent une maladie, ces vaccins ont pour objectif d’apprendre au système immunitaire à reconnaître et détruire les cellules cancéreuses. Plusieurs essais cliniques donnent aujourd’hui des résultats encourageants, notamment contre le mélanome, certains cancers du poumon et du pancréas.


Source : Institut Pasteur / essais cliniques internationaux

Enfin, les thérapies cellulaires, comme les cellules CAR-T, ouvrent des perspectives inédites contre certaines leucémies, lymphomes et, demain peut-être, contre des tumeurs solides encore difficiles à traiter.


Source : Inserm

Le combat contre le cancer est loin d’être terminé. Mais jamais la recherche n’a disposé d’autant d’outils, de technologies et de connaissances pour espérer transformer cette maladie en une pathologie de mieux en mieux soignée, voire un jour guérie pour un nombre croissant de patients.


Notre responsabilité collective

Le véritable enjeu n’est pas d’opposer les causes les unes aux autres.


Il est de financer davantage la recherche, de renforcer la prévention, de poursuivre les études sur les facteurs environnementaux et d’améliorer encore le dépistage précoce.


Car derrière chaque statistique se cache une famille, un proche, une vie bouleversée.

Sur un sujet aussi grave, nous avons besoin de certitudes scientifiques, mais aussi de l’humilité d’admettre que la science n’a pas encore toutes les réponses.

 
 
 

Commentaires


bottom of page