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Marchés de France : bien plus que des étals, un patrimoine vivant à défendre

Chaque semaine, partout en France, des milliers de places de villages et de centres-villes s’animent. On y vient pour acheter des fruits et légumes, du fromage, de la viande, du poisson, des fleurs, des vêtements ou encore des produits artisanaux. Mais on y vient aussi pour discuter, prendre des nouvelles, créer du lien.

Le marché n’est pas un simple lieu de commerce. Il est l’un des derniers espaces où l’économie rencontre encore l’humain.

Et pourtant, ce modèle est aujourd’hui fragilisé.


Une institution française


La France compte entre 10 000 et 12 000 marchés de plein vent, organisés chaque semaine. On estime qu’ils font vivre près de 145 000 entreprises de commerce non sédentaire, représentant plusieurs centaines de milliers d’emplois directs et indirects. Plus de 40 % des marchés se tiennent dans des communes de moins de 2 000 habitants, où ils constituent souvent le dernier véritable commerce de proximité.


Dans certains villages, le marché est devenu le seul moment de la semaine où les habitants se retrouvent. Pour les personnes âgées, les personnes isolées ou celles qui n’ont plus de commerces permanents, il représente parfois bien davantage qu’un simple lieu d’achat.

C’est un service de proximité.


Deux marchés… deux réalités


Longtemps, le marché alimentaire et le marché non alimentaire évoluaient ensemble.

Aujourd’hui, leurs trajectoires divergent.


Le marché alimentaire résiste


Les consommateurs continuent de rechercher des produits frais, locaux, de saison et des circuits courts.

Les producteurs et commerçants alimentaires ont su répondre à cette attente. Beaucoup ont développé une véritable relation de confiance avec leur clientèle.

Ils incarnent une agriculture à taille humaine, des savoir-faire et une qualité que la grande distribution peine parfois à offrir.


Le marché non alimentaire souffre


La situation est tout autre pour les commerçants proposant vêtements, chaussures, linge de maison, accessoires ou équipement.

Ils affrontent une concurrence devenue mondiale.

Les plateformes de commerce en ligne, les grandes enseignes, les importations à très bas prix venues d’Asie et la multiplication des ventes promotionnelles ont profondément bouleversé leur modèle économique.

À cela s’ajoute une évolution des habitudes de consommation : on compare les prix sur son téléphone, on commande en quelques clics, parfois sans même voir le produit.

Résultat : de nombreux étals disparaissent.

Et avec eux, une partie de l’âme de nos marchés.


Depuis 2018, une succession de crises

Les commerçants n’ont pratiquement jamais connu de période de répit.

Ils ont traversé :

  • les manifestations des Gilets jaunes ;

  • la pandémie de Covid-19 ;

  • l’explosion des coûts de l’énergie ;

  • l’inflation ;

  • les conséquences des tensions internationales ;

  • la hausse du prix des carburants.

Aujourd’hui viennent s’ajouter :

  • les épisodes de canicule qui rendent le travail parfois insupportable sur les marchés de plein air ;

  • l’arrivée de la facturation électronique, indispensable à terme mais souvent vécue comme une nouvelle complexité par de très petites entreprises ;

  • une instabilité économique et politique qui freine les investissements.


Chaque nouvelle contrainte paraît parfois modeste prise isolément.

Mais leur accumulation finit par fragiliser tout un secteur.


Les collectivités ont un rôle essentiel


Préserver un marché ne consiste pas uniquement à louer des emplacements.

Les communes peuvent agir.

En investissant dans :

  • des points d’eau ;

  • des zones ombragées ;

  • davantage de végétalisation ;

  • des sanitaires adaptés ;

  • des branchements électriques modernes ;

  • une communication régulière ;

  • des animations permettant d’attirer une nouvelle clientèle.

Le marché doit redevenir un événement.

Pas seulement un lieu où l’on fait ses courses.

Le numérique ne doit pas remplacer le marché

Les réseaux sociaux, les applications mobiles ou les annuaires numériques peuvent devenir de formidables outils pour informer les habitants, annoncer les commerçants présents ou mettre en valeur les producteurs.

Mais ils ne remplaceront jamais une poignée de main.

Ni le conseil d’un fromager.

Ni la dégustation d’un fruit.

Ni la discussion avec un maraîcher qui connaît ses clients depuis vingt ans.

Le numérique doit accompagner les marchés.

Jamais les remplacer.


Défendre une tradition française


Les marchés font partie de notre identité.

Ils participent à l’attractivité touristique.

Ils soutiennent les producteurs locaux.

Ils dynamisent les centres-villes.

Ils favorisent une alimentation de qualité.

Ils créent du lien social.

Ils maintiennent une économie de proximité.

Les laisser disparaître serait une erreur économique.

Mais surtout une erreur de société.

Dans une époque où tout devient virtuel, standardisé et impersonnel, les marchés rappellent que l’on peut encore acheter en regardant son commerçant dans les yeux.


Préserver les marchés de France, ce n’est pas défendre le passé.

C’est choisir quel visage nous voulons donner à nos villes et à nos villages demain.

 
 
 

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